Séduction ou L’ère du vide

L’être humain, de nos jours, cherche à combler ses désirs, un certain manque d’une perfection illusoire que lui propose, bien cordialement et sans avis de conscience, une société basée sur la recherche aliénante du plaisir. La jouissance absolue, voilà ce que nous désirons, au-delà même de ce que nous voulons réellement et de ce dont nous avons besoin.

Plongé dans le divertissement, nous nous noyons presque dans un idéal hédoniste qui nous retire un accès au réel, au vrai. Car dans le vrai, dans ce qui est palpable d’une réalité absolue, il y aurait forcement du déplaisir, alors pourquoi chercher à s’échapper de cette hyperréalité qui nous immerge dans une séduction et une personnalisation constante. L’incitation à la consommation et au divertissement est tellement travaillée aujourd’hui, il suffit d’étudier de plus près les spots publicitaires ou ne serait-ce que la disposition des magasins (organisés pour nous faire acheter plus), qu’elle est devenue « normale » pour tout à chacun. A travers un langage de plus en plus subtile mais aussi de plus en plus édulcoré, on nous vend du rêve et on nous fait manger de l’illusion jusqu’à nous en rendre malade.

On cherche toujours plus loin, toujours plus haut afin de combler ses désirs ou plutôt ceux que l’on nous ancre (voir qu’on nous encre) dans l’esprit, si profondément qu’ils en deviendraient innés pour les générations à venir. Et cela passe également par le regard de l’autre. Si selon Sartre « l’enfer c’est les autres », une sociabilité vicieuse et tordue menant l’être humain à considérer autrui comme l’enfer, selon Lipovetsky l’autre me permet de me déterminer, de recevoir cette reconnaissance qui me permet de me définir en tant qu’être sur le chemin de sa réalisation ultime. « L’air du temps est à la différence, à la fantaisie, au décontracté », et en cela, on se démarque des autres tout en intégrant un moule si bien défini et à notre mesure qu’il ne peut que mener à notre bonheur et à la reconnaissance par nos paires. Je suis spontané, artistique, original, créatif mais aussi libéré, moi-même, sans complexe et totalement émancipé. Mais le sommes-nous vraiment? Car à bien y réfléchir, si je parais en marge et en quelque sorte comparable à une simulation hédoniste, n’est-ce pas grâce au regard d’autrui? A rester seul chez soi, on existerait pour personne en temps qu’être émancipé, n’est-ce pas? Ou peut-être bien qu’on le serait mais qu’on ne s’en rendrait pas compte puisque l’autre ne serait pas là pour nous le faire remarquer.

La séduction est aujourd’hui « une logique qui fait son chemin, qui n’épargne plus rien et qui, ce faisant, accomplit une socialisation souple, tolérante, attachée à personnaliser-psychologiser l’individu ». Telle est la définition de Lipovetsky qui met en évidence cette vie à la carte que j’ai l’impression de construire de mes mains et par mes choix. Je me pense, je me crée, je me définis, et ce en me croyant affranchi de toute influence séductrice. Pourtant, cette séduction menant à l’hédonisme est si omniprésente, si envahissante qu’elle en deviendrait palpable alors que je me pense différent des autres. Je marche au rythme d’une mélodie qui me semble si harmonieuse dans sa construction que j’en oublie que je suis simplement la cadence, sans aucun pouvoir réel d’en changer la mesure. La léthargie devient notre quotidien et nous nous y complaisons parce qu’elle nous promet un avenir radieux à travers nos écrans, nos photos, jusque sur nos paquets de céréales. Cette déréalisation annonciatrice de jours meilleurs nous laisse le goût acide de l’euphorie et de l’inatteignable sur le bord des lèvres.

Ce que je suis, je pense le savoir avec certitude, ce que je serais, « homo democraticus » accompli, je le découvrirais en nageant entre séduction, hyperréalité, individualisme, personnalisation et émancipation. La séduction a ses charmes que l’être capitaliste se doit de ne pas ignorer.

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Ponyo L.

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